12 avril 2009
Un 12 avril 1999
- Dis papa, il est où le coca ?
- Ben, s’il n’est pas au frigo, c’est qu’il est au garage ! Cherche un peu !
- Mais, j’ai cherché ! il n’y a rien au garage et rien au frigo !
- Bon, je vais regarder. Toi termine de préparer les gâteaux. Je veux bien organiser ton anniversaire, mais j’ai besoin de ton aide.
Et du haut de ses six ans, acquis de hautes luttes depuis ce matin, la voilà se démenant entre les placards et la table de jardin, pour décorer son premier anniversaire que peuplera une dizaine de camarades triés dans le volet au sein de sa classe de cours préparatoire. Et moi, du haut de mes un mètre quatre vingt, acquis depuis, déjà, bien longtemps, je fouille, en vain, le garage pour constater que j’ai oublié d’acheter ces merdes liquides américaines indispensables aux festivités enfantines.
- J’ai oublié ces fichues bouteilles, je fonce en acheter à la superette.
- Mais papa, ils arrivent dans un quart d’heure !!!
- Bon, viens avec moi, tu resteras dans la voiture et je pourrai me garer en double file, on gagnera du temps.
- Rien n’est prêt !
- Mais si, tu as assuré grave, tout ira bien, ne stresse pas…
La superette était à trois minutes en voiture. Il nous fallut vingt secondes pour sortir du lotissement. Encore un carrefour suivi d’une longue ligne droite habitée de feux de la circulation non synchronisés et nous y serions.
Un cri strident me fit prendre conscience du camion qui s’engageait sur la départementale. Ma fille prit conscience avant moi que la journée ne se passerait pas comme prévue. Tout se déroula au ralenti, la vision de l’obstacle inévitable, mes manœuvres désespérée et inutiles, le mélange des cris et des bruits de ferrailles qui fusionnent dans une longue plainte qui donne l’impression de ne jamais finir.
La lumière vive me brûla le corps quand, au bout d’une éternité, j’ouvris mes yeux. J’étais mélangé avec la voiture, en symbiose avec plastique et ferraille. Etrangement, pourtant, seule la lumière était douloureuse. Ma fille me regardait, son visage était calme et apaisé, il ne démontrait aucune inquiétude. Je traduisais son regard comme la certitude que rien de grave ne nous était arrivé, que la vie allait reprendre son cours heureux, peuplé de routines rassurantes.
Jusqu’à ce que je me rende compte que sa tête ne reposait plus sur son support attitré depuis sa naissance.
05 avril 2009
Savez vous planter un chou ?
Une chambre, de nos jours. Le soir tombe, il est debout, elle est couchée sur le lit conjugal.
Elle (d’une voix monotone) : Qu’est-ce que tu cherches encore ?
Lui (trépignant) : Ben, les ciseaux, bien sûr !
Elle (de plus en plus fatiguée) : Plantés dans mon ventre ! Tu as déjà oublié ?!
Lui (beaucoup plus calme) : Ah oui, c’est vrai. J’oublie tout ce que je fais en ce moment ! Je peux les prendre ?
Elle (s’endormant) : Non… on avait dit que tu garderais les outils et moi le nécessaire à couture.
05 février 2009
La Source Dualiste
D’abord cette sensation de légèreté qui grimpe des orteils aux cheveux, comme une colonie de fourmis funambules qui tresseraient des échafaudages de cordes de chanvre tout autours de mon corps. Gullivers a du ressentir les même impressions en se faisant ligoter par les lilliputiens surmontant leurs peurs du géant. Moi, je ne cherchais pas à effrayer les fourmis, je me contentais de les ignorer. De toute façon, comment aurais-je pu faire autrement, il n’y avait et n’aurait jamais de fourmis dans cet univers aseptisé et lumineux de néons publicitaires.
Ensuite, une montée fulgurante de sensations grisantes qui exacerbaient tous mes sens, comme si une bombe au napalm avait explosé dans ma tête. Mon cerveau était un Vietnam qui subissait un pilonnage métronomique de phosphore. On se regardait comme des réfugiés prisonniers de cette consommation qui galopait sur deux jambes et tombait sur le vide. Nous étions six, puis cinq et, de chutes en disparitions, je fus le dernier. Comme chacun des cinq autres. En ce jour du 24 décembre, les geôliers étaient trop occupés pour nous protéger.
J’étais seul, mais nous étions.
Je tissais inconsciemment, atrocement, des milliers de liens qui s’accrochaient au petit bonheur la chance aux sternums avoisinant mon périphérique et qui me tractaient aléatoirement d’allées en devantures, de portes en escalators. Je me perdais par l’indifférence des bourreaux, espérant la reconnaissance des cagoulés pour exister. J’errais, tracté par des milliers de ventres qui couraient ombres à terre. Je galopais par nécessité de suivre ce rythme imposé, trouvant mon souffle dans les respirations perdues par les chocs sourds des homo-tamponneurs.
Assis contre un pilier qui trônait au milieu de ce hall situé entre le troisième et quatrième étage, je regardais mon univers dans les paumes de mes mains collées à mes paupières, dans les psaumes des saints loués à des prières, dans les génomes des nains noyés dans les gouttières, dans les sommes des riens rajoutées aux misères. Il fallait se reprendre, quitter cet échiquier où toutes les cases étaient noires, et les rois déchus. Se redresser, refleurir, chercher le soleil dans ce monde artificiel.
Debout, enfin, les jambes comme des troncs d’arbres, solides, inconscients des incendies. Seul le premier rat trompe, le suivant rétablira l’équilibre. La menace s’approchait dans cette descente vers un approximatif rez-de-chaussée. Comment s’échapper quand on se court après aussi vite qu’on cherche à se fuir ? Le souffle court, on se demande, un court instant, si l’adaptation à la vitesse du fuyard ne vaut pas également sur sa lenteur, et on tente un ralenti sur le mirage pour apprécier enfin de pouvoir, sans risque, faire ses achats de Noël.
Aujourd’hui, dans une brocante, j’ai vu un Walkman rouge en vente sur un étal. J’ai souri en me souvenant de la tête du vendeur, qui, d’astreinte en ce lointain 24 décembre, ne comprit pas cet amas de Walkman écarlates qu’un client transparent engouffra dans ses poches pour, il ne l’a jamais su, se colorer un peu.
16 janvier 2009
La bourde du chaînon
Laurent Houtan a marché sur ses mains. Il a roulé, a cherché à comprendre, s’est relevé et s’est repris les doigts dans ses pieds. Déjà une vingtaine de mètres parcourus en « roulé-boulé »… Laurent sera à l’heure au boulot.
Louis Stiti se dandine sur la piste de danse. Il sautille, frétille, trépigne, bousculerait si la foule ne s’était écartée. Sa poitrine est gonflée de fierté, bien cachée par sa forte pilosité, et tel un ballon chargé d’hélium, s’envole à la Nijinski… Louis est le roi de la fête.
Igor Rille écarte de ses puissantes mains la foule menaçante. Ils sont des centaines, il est unique. La personnalité escortée se sent rassurée malgré le déséquilibre apparent des forces mis en opposition, pourtant tout se déroulera dans le calme imposé… Igor ne se bat jamais.
Thibaut Nobo se lave le phallus dans un évier inconnu. Il a décidé depuis longtemps de ne se souvenir que des éviers et pas de leurs propriétaires, hommes ou femmes. Il envisage même, depuis quelques jours, de n’avoir des relations sexuelles qu’avec la faïence… Thibaut rêve de devenir plombier.
Lucas Pussin s’est échappé hier soir. Sa petite taille qui a fait son succès et son malheur lui aura, au moins, permit de traverser les barreaux de sa geôle avec peu de difficultés. Maintenant, le cirque est aussi flou derrière lui que son avenir l’est devant… Lucas deviendra président de la république.
Eugène Persistant est toujours là, présent, fidèle au poste. On le croit mort depuis longtemps et on le croise, un jour, devant un miroir à nous singer de toutes nos grimaces. Nous rions de ces images aperçues furtivement, nous nous moquons même, pourtant… Eugène n’est pas le reflet.
Mon Père s’est appelé Darwin, il s’est sauvé un jour alors que je pensais l’avoir bien attaché. Un chaînon manquant n’a pas permit à la laisse de faire son travail. Je me ronge les doigts de pieds en attendant son retour, tout en surveillant l’évolution de l’herpès… Darwin avait-il tout compris ?
09 janvier 2009
Psychiatrie niveau 4
Je me souviens de ce temps uniforme dans lequel le pouvoir se dessinait avec des barrettes, le respect s’imposait avec des ornements aux manches, aux cols, aux couvre-chefs.
Je me rappelle ces longueurs nocturnes parées de pièges aux rictus de charognards, où le moindre clignement d’œil était signe de faiblesse et se payait par liasses de corvées.
Je me remémore les piétinements acharnés qui laissaient des traces de gomme caoutchouteuse sur les neurones et un goût de charbon sur les molaires usées de trop de crispations.
Je vomis les images panoramiques de ces missions aux manœuvres douteuses, habillées de neige parfumée de plâtre et dévêtues de toute forme de dignité par la promiscuité de l’autre.
J’exècre les grincements des sommiers auréolés de brumes parfumées aux macérations de bœufs cornus, que combat l’éclatement des semences qui n’en ont pourtant rien à foutre.
Je méprise de ce pas cette démarche cadencée que dansaient, aux rythmes tribaux, des phallus aux calots collés qui transformaient les différences en unicité unicellulaire et baveuse.
J’abomine l’engagement prodigué à voix rauque de cordes carcinomateuses qui appelle le conflit comme un canard qui exige sa blanche canne en vue de voler dans les plumes.
Je maudis ces comptables aux synapses grippés par des interférences de bactéries souffrants d’alzheimer qui oublient toujours le chiffre suivant le deux et recommencent inlassablement.
Je déteste toujours l’autorité gratuite pourtant payée cash, l’ordre établi qui écroule les rangements, la hiérarchie égyptienne, l’odeur de cibles et de balles chauffées à blanc.
Je hais l’esprit qui croyait prendre, le mental orné de trous, le psychique qui ne reflète rien, le cerveau digne d’un fils de vache, toutes ces pièces démontées qui se marient en kaki.
Sinon, j’aime beaucoup les profiteroles.
23 décembre 2008
Bouche d'égout
Hey vieux !
Tu prends tout l'espace, tu t'étales, tu te répands, tu engloutis, tu phagocytes.
Tu t'enroules, tu te déploies, tu étouffes, tu cannibalises, tu opprimes.
Tu t'allonges, tu te déroules, tu t'affales, tu vantardises, tu fanfaronnes.
Hey machin !
Tu plonges la pièce dans l'obscurité de toutes tes lumières.
Tu greffes des entonnoirs dans les oreilles et les yeux pour mieux nous remplir de ton rien.
Tu claironnes tes vérités comme un messie usé qui réitère pour mieux convaincre.
Tu immoles tes mots, persuadé de cracher des phénix qui resplendiront comme une auréole.
Hey bouffon !
Tu trônes dans les soirées avec tes phrases toutes faites, toutes prêtes, toutes bêtes.
Tu règnes dans les apéros avec tes codes usés, râpés, élimés, éculés de ta mère.
Tu sièges dans les expositions, avec ta critique révisée par une lecture assidue de Pif Gadget.
Tu philosophes avec des balises sous les yeux, stockées dans les consignes des magazines.
Hey l’ancien !
Tu te délectes à nous faire attendre, alors que nous attendons simplement que tu ne viennes pas.
Hey toi !
Tu me fatigues…
Toute similitude avec un personnage existant est tout à fait volontaire. Si par hasard, il apprend à lire sur ce texte... qu'il n'hésite pas à être rancunier.
06 décembre 2008
Le Goboeil
Teulé les lavoncourt, petit village de Haute Saône partagée par quelques familles terriennes qui se sont appropriés, en ces années d'après guerre, les quelques milliers d'hectares de la commune laissés à l'abandon par les victimes des six ans de tragédie.
Pour préserver le patrimoine agricole, les arrangements se tissent pour marier le fils de l'un avec la fille de l'autre et déplacer à chaque héritage les clôtures que les vaches dodues regardent reculer avec autant d'intérêt que la vision d'un train qui avance.
Sur la place du village, trône la vieille fontaine verdâtre distribuant l'eau potable des notables qui commencent juste à entendre parler de l'eau courante par la TSF. Sur ce trône aquatique, règne Leu Leu, l'idiot du village. Il a toujours fallu un idiot reconnu pour se sentir normal à son passage, il a toujours fallu une personne sur laquelle rire pour éviter de pleurer sur soi. Leu leu était celui là pour ce village là.
Mais, en cet automne 1947, Leu Leu ne faisait plus rire en se balançant, la langue pendante, sous la branche du chêne qui ombrageait la fontaine.
Tout avait commencé en septembre de cette même année, quand le cheptel d'une famille fut retrouvé décimé avec la particularité d'avoir, pour chacune des bêtes, les yeux arrachés. Il n'en avait pas fallu plus pour déclencher la guerre des familles. Les fourches, faux et autres armes agricoles sortirent pour autres choses que les récoltent. Mais, la confrontation ne put avoir lieu, les emberlificotions étaient si nombreuses dans les promesses et concrétisations maritales, que chaque familles auraient eu l'impression de se trucider elles même. Devant l'impossibilité de résoudre le problème de la responsabilité du carnage bovin, l'idée lancée idiotement que Leu leu était capable de fomenter un tel massacre, tint lieu de jugement.
En cette nuit froide de Franche Comté, Leu Leu rentrait chez lui avec son bois et sa hache sur l'épaule. Depuis qu'il avait perdu sa maman le mois dernier d'une pneumonie foudroyante, il était livré à lui même, mais arrivait à subsister à l'étonnement des villageois. Il ne comprit pas tout de suite quand une meute d'humains l'encercla, vociférant des menaces à son encontre. Il se rappela juste que sa maman lui disait de ne pas se laissait faire quand il se sentait menacé. Le paysan le plus proche ne réagit pas quand la hache accomplit un mouvement circulaire. Il fut aussi le seul qui ne vit pas sa tête se détacher de son socle attribué dés sa naissance. Personne, en fait, ne réagit alors. Les visages ne montraient que stupéfactions quand à cette action aussi rapide que décisive. Les réactions eurent lieu, quand Leu Leu se pencha pour arracher les yeux de la tête orpheline, et les avaler aussitôt.
Maintenant, Leu Leu se balance sous une branche du chêne qui surplombe la fontaine, une corde autours du cou.
Sa dernière pensée fut pour sa maman, quand elle lui disait de gober des œufs tous les jours pour rester en bonne santé.
Il l’entendait encore, quand le nœud coulant fut passé autour de son coup ;
« Mon chéri » avait-elle dit avant de rendre son dernier souffle « ne laisse yamais personne se moquer de toi, soit gentil avec tout le monde, mais ne laisse personne yetre méchant ya ton propos. Gobe des yoeufs tous les matins pour rester en pleine forme, yet tu resteras fort. Ye t’aime »
Leu Leu n'avait jamais réalisé que sa maman avait l'habitude de rajouter des «y» sur tous les mots commençant par une voyelle.
Yauront le temps d'en parler la yaut, yau paradis…
29 novembre 2008
Un commercial d'enfer.
Bon, ça fait plus de six mois que cela dure. Il faut intervenir maintenant !
Le boss m’a accueilli ainsi, tout rouge comme d’habitude, mais énervé comme jamais. J’opinais timidement, les yeux baissés, pour donner mon approbation. Je savais déjà, qu’étant son meilleur commercial, la tâche de me rendre là-bas m‘incombait. Le dossier était déjà sur le bureau, de couleur rouge vif, indiquant les moyens quasiment illimités qu’accordait la bonne réalisation de cette affaire devenue prioritaire.
J’arrivais le jour même dans ce petit village ardéchois appelé Rochemaure pour retrouver la personne à l’origine de tout ce fatras médiatique. Celui-ci trônait humblement en haut de la colline surplombant le Rhône, abrité seulement de quelques branchages feuillus qu’encerclaient quelques centaines d’individus assis en tailleur.
J’avais survolé une énième fois le dossier pendant le trajet, il était centré sur la transformation d’un jeune homme en ermite prêchant la paix et le retour aux valeurs humaines, condamnant tout gouvernement, tout acte qui ne soit pas axé sur la foi divine, dont lui, était le dépositaire par legs direct du tout puissant.
J’enjambais les disciples atones, esprits sans corps, reliés via l’ermite à une sphère de bien-être soufflée par une paille savonneuse fixée dans la bouche du seigneur. Je me plantais, sourire commercial, posture pleine d’aplomb, des phrases toutes prêtes, des contres objections organisées par organigramme. Je saluais ce « nouveau messie » et entamais notre conversation.
Je me présentais comme étant le représentant du consortium R&B « Religion And Business » qui souhaitait lui racheter son fond de commerce. Je commençais par lui vanter ses qualités d’endoctrineur, tout en lui faisant comprendre les limites humaines de son avenir de Gourou, avec moult exemples d’échecs des ses prédécesseurs, pour en arriver à la traditionnelle somme d’un million d’euros, représentant le forfait classique de la fin de toutes activités religieuses au profit de ma société.
Un sourire las fut la seule réaction que j’obtinsse en réponse à ma proposition.
Je savais déjà que cela serait ainsi, je déroulais alors mon programme en lui proposant des parts de marché à hauteur de 1% de tous les gains qu’engendrerait la récupération de son église, en ayant, en cas de nouveau refus, encore la proposition de laisser l’entreprise à son nom et 20% de sa valeur en actions garanties sur cinq années.
La discussion ne fut ni âpre ni attentive, elle se transforma simplement en monologue, où les manques d’interventions, ne me permirent point de trouver de nouveaux arguments pour rebondir. Il ne résultat de mon démarchage aucun aboutissement, l’ermite garda de bout en bout ce sourire béat, imperméable à tout arrangement.
Mon cerveau s’éclaira enfin, et j’eus un sourire intérieur plus lumineux que jamais. Mes dernières propositions prenaient formes à mesure qu’elles sortaient de ma bouche aux dents éclatantes.
Je lui expliquais que j’étais convaincu par son idéologie et que j’étais prêt à y adhérer. Je rajoutais qu’ayant les pleins pouvoirs sur ce dossier, je ferais en sorte que sa doctrine serait publiée partout dans le monde, que nos actionnaires et clients qui représentaient environ 30% de la population mondiale auraient obligation de la partager, que chaque ville dépendant de R&B verrait une église, prêchant cette nouvelle foi, s’ériger. Tout ça à nos frais, bien sûr. L’ermite élargit alors son sourire, montra des dents aussi blanches que les miennes et signa le contrat après plusieurs lectures.
Tout en redescendant la colline, je pris mon téléphone portable pour donner le résultat de mon intervention au patron.
« Tout est OK, boss, les affaires reprennent, j’ai un contrat qui va permettre de relancer le bordel, on en a encore au moins pour 2000 ans »
Le patron devint encore plus rouge, se caressa les cornes, et tout en frétillant de sa queue fourchue, éclata de rire…
25 novembre 2008
Le tatouage intelligent
Après avoir résolu le problème du déplacement qui commençait à poindre face à la pénurie des hydrocarbures, le professeur Polipoterne s’est également penché sur la crise économique et la fatalité de la baisse du pouvoir d’achat qui en fut la résultante la plus grave pour les populations conditionnées à consommer.
Lors du salon des producteurs indépendants des Côtes du Rhône, qui eut lieu à Tain l’Hermitage en ce début automnal 2008, cet illustre penseur, si adroit de nature avec les verres de vin, réalisa l’impensable. Il renversa quelques gouttes de nectar sur sa main droite (oui, Polipoterne est gaucher). Les quelques larmes rouges dessinèrent alors le logo parfait d’une fameuse marque de sport… Just do it. Le professeur lécha le dos de sa main et se consacra avec assiduité à son travail de recherche viticole.
Ce n’est que quarante huit heures plus tard, quand les vapeurs se furent estompées, que le souvenir de cet incident lui revint et que le projet prit forme.
En mélangeant une encre avec des paillettes de silicium préprogrammées à être agencées en logo commerciaux, nous pûmes rendre les tatouages intelligents, et, ainsi, relancer la consommation par de la publicité adaptée et inscrite dans l’épiderme même des consommateurs.
Voici pourquoi, depuis le premier trimestre de cette année 2009, la France d’abord, puis le monde ensuite, purent voir la consommation repartir de manière exponentielle.
Chaque personne, dès la naissance, fut tatouée sur le dos de la main droite d’un cercle plein par cette encre ingénieuse. Rapidement, la population entière se vit munie de cette empreinte noire trônant comme le symbole d’une appartenance à la communauté de l’acheteur privilégié. A chaque passage en caisse d’un commerce, il suffisait de passer sa main droite devant un décodeur infrarouge, pour voir le tatouage réagir et prendre, aléatoirement, l’apparence d’un logo commercial qui permettait au propriétaire de cette main d’avoir des réductions plus ou moins importantes, jusqu’à la gratuité, sur les produits correspondants qui se trouvaient dans le caddie. Cette possibilité de ristournes, voir de cadeaux, relança les prêts à la consommation qui permit d’accroître les possibilités d’accession aux biens, et relança la confiance des investisseurs par la parution d’indices à la consommation toujours plus hauts d’un trimestre à l’autre.
Cette innovation permit également la relance de la courtoisie, puisqu’à chaque salutation ponctuée d’un serrement de main, les deux tatouages échangeaient des informations et accroissaient, ainsi, les possibilités de réduction des produits révélés par l’apparition de la marque commerciale lors du passage devant les décodeurs.
Tout autres usages, tel que le piratage de la programmation par des groupuscules anarchistes, qui, par exemple, transformaient les tatouages en doigts d’honneur ou en appareils génitaux masculins au passage des forces de l’ordre ou de personnalités politiques, étaient, depuis l’acceptation de texte de loi du 26 mars 2010 passibles d’une peine de prison de six mois et d’une amende allant jusqu’à cinq mille euros.
Remercions, une fois de plus, le professeur Polipoterne, qui à partir d’événements insignifiants, démontra des capacités à résoudre les grands problèmes de ce monde et à le préserver de la déchéance que beaucoup avait pronostiquée.
Extrait de la mise à jour de Wikipédia du 25 novembre 2062.
22 novembre 2008
Le PS selon Ségolène
Pour François, P.S. signifie Petit Sexe.
Pour D.S.K., P.S. veut dire Phallus Stupéfiant.
Mais, rajoute-t-elle, la taille du parti n'as pas d'importance, seule la rigidité de l'appareil nous ménera à la jouissance.
Tous aux Zobry, euh aux Aubry...
15 novembre 2008
L'enfer, mais...
18h45, Marie Jeanne se hâte aux fourneaux, Son mari va rentrer des champs et poser ses bottes sur la table du salon en réclamant son pastis. Elle sait qu’il boira son verre en trois gorgées espacées de trente secondes. Elle aura donc une minute, à partir de la première lampée, pour assurer le service du souper. Après vingt années de mariage, elle est toujours aussi angoissée à appréhender les réactions de son époux. La température de la soupe, le dosage des épices, la fraîcheur du pain, la quantité de vin disponible, devront être aux convenance du maître de maison. Même si Marie Jeanne est consciente de son état d’esclave, les conditionnements perpétués par son mari dès les premiers jours de leur vie commune empêchent toujours la moindre réaction de la victime.
Marie Jeanne s’affaire, comme tous les jours pour que tout soit parfait, même si aucun repas ne le fut jamais au goût de son bourreau. C’était comme ça en cette époque, les femmes était agencées dès l’école primaire aux travaux ménagers et à l’obéissance. Quand aux hommes, l’autorité totale sur sa famille était gravée au burin sur le moindre neurone actif sitôt qu’il était constaté que le nouveau né possédait une paire de testicules.
La journée fut rude pour le seigneur de la ferme, les boeux avaient fait montre de trop de désobéissance, sans doute l’orage qui s’approchait, certainement l’âge qui s’avançait et la fatigue qui le rattrapait tous les jours un peu plus tôt.
La journée fut éprouvante pour le serf du châtelain, les légumes étaient trop durs ou trop blets, sans doute la cave qui accumulait l’humidité plus que de raison, certainement, l’usure du temps qui rendait douloureux les moindres efforts de ses mains saturées d’arthrose.
Peut-être est-ce la somme de toutes ces rudesses subies cette journée là qui occasionnèrent ce mouvement disproportionné, peut-être est-ce tout simplement l’accumulation des griefs, mais une fois que le Laguiole du mari fut planté dans la gorge de son épouse, les causes semblèrent après coup, bien peu importantes.
Gustave resta sans réaction, regardant le sang s’écouler de la blessure. Ce manque de réactivité aurait pu être attribué à l’incompréhension de son geste ou à son conditionnement de n’avoir aucune réaction vis-à-vis d’un meuble cassé.
Marie Jeanne réalisa immédiatement la proximité inéluctable de son départ. Elle ressentit de la peur, pas celle de ne savoir ce chemin et cette destination inconnue qui l’attendait, mais celle de se savoir ailleurs, loin de son mari.
A vivre en cercle fermé, qu’il soit de jeu ou de Dante, on accumule ses balises qui délimitent le vivable du néant.
Les derniers mots de Marie Jeanne ne furent pas transcendants ni philosophiques, ce furent juste des mots adaptés au dressage consciemment appliqué sur la linéarité de sa vie.
« Pardonne moi, viens avec moi »
Marie Jeanne sourit maintenant…
Ce sourire est apparu, quand, étrangement, le cercueil que transportait Gustave et trois voisins, échappa des quatre paires de mains, et cassa nettement la nuque du récent veuf.
Marie Jeanne sourit maintenant en épluchant des légumes toujours tendres.
11 novembre 2008
What else ?
Gaston était pigiste dans cette petite agence de presse spécialisée dans les faits divers glauques de la capitale. Chaque année, il avait la promesse d'un contrat à durée indéterminée qui ôterait son angoisse du lendemain et lui permettrait d'apercevoir, enfin, une lueur sereine dans les yeux de son banquier lors d'une énième demande d'acceptation d'un prêt immobilier. Aujourd'hui, il entamait sa quatrième année sous ce statut précaire, et en arrivant au travail, il ne sentait toujours aucune inclinaison de la part de son directeur d'agence à un avenant à son contrat.
Pourtant Gaston avait du talent, combien d'idées et d'articles proposés avaient été repris sous le nom de confrères chroniqueurs et qui leurs avaient valu moult félicitations et primes. Aucun retour pour lui. Il avait accepté ce rôle de nègre et cette abnégation avec l'espoir de faire, un jour partie de cette élite journalistique. En attendant, entre deux idées piratées, il avait la tâche de fournir en matériel et en café les professionnels qui le toisaient tant qu'ils n'avaient pas besoin de son aide.
Gaston avait un secret, qui lui permettait de tenir face à toutes ces frustrations. Tous les jours depuis plus d'un an, il se vengeait de tous ces «collègues» profiteurs et de cette direction irrespectueuse de son implication totale au sein de cette petite agence qui, il en était persuadé, ne serait pas autant côtée sans ses talents d'écrivain.
Tous les jours, depuis plus d'un an, Gaston pissait dans la cafetière à chaque fois qu'il entendait scander son nom pour faire couler de nouveau ce liquide magique qui permettrait de tenir ces longues heures face à la «page blanche» qu'il fallait remplir à toute vitesse, selon les informations qui s'accumulaient sur les fax et les mails.
Mais, la preuve que Gaston était tenu pour entité négligeable, personne ne lui avait signalé la décision, prise la veille, d'installer une surveillance vidéo dans les quelques pièces de l'agence. Et, quand il sorti de la salle servant de minuscule cuisine, la braguette et le moral bien remontés, il fut surpris de voir son directeur l'attendre, le faciès tout rouge, devant les journalistes blafards fixés sur l'écran plat qui diffusait en boucle un extrait d'enregistrement d'une des caméras.
Il comprit immédiatement que son contrat, non seulement ne serait pas reconduit, mais avait une espérance de vie qui n'excéderait pas la minute qui suivrait. Gaston sourit, et dit d'une voix claire ;
«quelqu'un veut un café ?»
09 novembre 2008
Où sont les flammes ?
il fait froid et je ne sens pas bon.
J'aurais dû me faire incinérer...
05 novembre 2008
Un continent
Nous sommes un vieux continent incontinent. Nous pissons de l'eau alors que des millions de personnes en cherche la moindre goutte. Vivement la prostate européenne, et une impuissance à produire la gangrène fascisante. Vivement les calculs Rhinaux. Vivement la sénilité abêtissante, pour engendrer un sentiment maternel des continents pré-pubères qui nous berceront jusqu'à la fin de nos chimériques frontières. Vivement que nos dents émoussées soient posées sur la table de nuit pacifique de l'océan du même nom. La ré-incarnation de notre Europe se fera avec l'Afrique du Nord, l'Asie, le Moyen Orient (tout proche). Nous ne pouvons payer les dettes de la colonisation et du pillage sans accepter l'adaptation aux exigences légitimes des autres. Ceux qui font si peur aux ignorants et aux lâches. Nous sommes un vieux continent incontinent. Nous avons toujours si froid que nous tirons à nous les couvertures qui protégeraient les sans rien, les sans domiciles, les sans papiers... tous les sangs en fait. Nous avons toujours si peur d'avoir plus froid, que nous remontons les températures moyennes du globe, demi-degré par degré entier chaque décennie, pour, au final, passer nos vacances vers les torses nus aux langues si râpeuses de lécher la terre à la recherche de la moindre molécule d'humidité, tout en clamant la chance de vivre sous un si clément climat. Que n'ont-ils compris, tous ces suffisants que le froid dont ils souffrent n'est en rien lié au climat, mais au constat de leurs petitesses et de leurs durées éphémères. Les quarante années d'espérance de vie qu'ils mettent dans la vue aux trois quarts de la population mondiale sont volées à grand coups d'indifférence. Qu'importe que chaque mort de faim, de soif, de maladie nous rajoute quelques secondes de possibilités de se geler encore plus longtemps l'aorte. Nous sommes un vieux continent incontinent qui tachons par nos urines acides tous les lits des rivières dans lesquelles nageaient naguère les nourrissons des espérances d'un nouveau monde qui permettrait, on le disait alors, de vivre libres et égaux...
Obama mange du Mc Cain
Le jeu de société rêvé, un jeu de stratégie où tous les pions seraient métis, de la même couleur que les rois et les reines. Seuls les fous auraient la couleur de la défaite.
La nouvelle devise des Etats Unis d'Amérique :
"Obama, toujours, toujours là pour moi...." *
Les USA sont bien assurés maintenant.
* Désolé pour cette parodie de Groupama
02 novembre 2008
Mimi Mathy vaut bien un baril...
A mi-chemin de ce vingt et unième siècle, la solution pour faire face à la pénurie des hydrocarbures se heurtait aux faibles implications des gouvernements successifs qui n'avaient pas pris conscience des investissements nécessaires dans les solutions de rechange. L'estimation de la quantité globale de pétrole restant sur notre planète, réserves comprises ne dépasserait pas les dix prochaines années. La science vint alors au secours, in-extremis, des transports routiers qui menaçaient de s'eteindre, au grand dam de la population occidentale, obèse, sentant l'obligation prochaine de prendre le vélo pour tout déplacement. Le professeur Polipoterne, dont le nom est chanté depuis sa découverte permettant la circulation routière sans utilisation de dérivés de fossiles de carbone, est considéré de nos jours comme le sauveur de l'humanité. Le professeur polipoterne, expert en clonage, avait démontré que le schisme génétique du nanisme permettait un résultat proche des 100% de la réussite des travaux de copie de l'ADN humain. Cette découvert fut réalisée à partit des gènes de Mimi Mathy, qui avait, en 2034, légué son corps à la science après l'avoir confié à TF1 durant quelques décennies. La seconde idée de cet eminent chercheur, lui vint lors d'une soirée spéciale, dite "soirée Beaujolais nouveaux" dans un caveau de villié Morgon non loin de son laboratoire. Le théorème, écrit entre deux tâches de vomi, sur un t-shirt lui appartenant, et exposé depuis lors au musée des sciences à Paris, disait ceci. "prenant en compte la réussite quasi total du clonage des nains, prenant en compte la force musculaire supérieure à la normale des personnes de petites tailles, prenant en compte la fin prochaine de la circulation par voie terrienne occasionnée par la pénurie pétrolière, j'expose en terminant cette bouteille que la solution se trouve dans la synthèse des ces trois prises en compte". Nous sommes en 2062, et la découverte, ainsi que l'idée révolutionnaire de ce professeur, est maintenant d'actualité. Les possibilités aux personnes de circuler sans avoir à faire d'efforts perdurent à coûts réduits. La voiture est maintenant remplacée par une caisse en bois, façon cercueil, avec une pancarte sur laquelle la destination est inscrite. Les routes sont recouvertes de milliards de sosies de Mimi Mathy, qui, les bras levés, se passent les véhicules en bois légers, le poids étant divisé par le nombre de nain servant de support mobile, jusqu'à destination. Actuellement, 80% du territoire français est assuré par le transport "nanien". Le carburant est maintenant transformé en barres de céréales, jetées avec parcimonie selon le code routier et déontologique obligatoire depuis le 7 juin 2058, soit un échantillon tous les 125 mètres à partir de la première réclame. Reste le problème de la grève des nains, qui, réclamant plus de nourriture, bloquent les véhicules jusqu'au vidage des réserves des voyageurs. Des clones de nains CRS sont actuellement en cours de fabrication pour intervenir et faire appliquer l'obligation de service minimum en vigueur depuis le 1 janvier 2008. Extrait de la mise à jour de Wikipédia du 2 novembre 2062.
29 octobre 2008
elle
Ma femme, mon amie, mon amante, mon amiante.
Mon épouse, mon éprise, ma prose, ma réponse.
Mon pote, mon potentiel, ma paterne, ma potence.
Je t'haime.
26 octobre 2008
Le destin de Blanche
Pour Martin...
Non ! mais vous avez vu la taille de cette crotte de nez ?
Effectivement, le bidule qui trônait au bout de son ongle avait une amplitude supérieure à la narine d'où elle fut extraite en direct-live devant l'assemblée extraordinaire réunie ce jour là.
Tout le monde applaudit l'exploit de cette mise au jour, résultat d'une fouille minutieuse et tenace.
Moi, je n'étais présent que comme intervenant extérieur, avec le but de constater que les décisions prises ce jour, le seraient en toute légalité et impartialité. Pour ne point dénoter et pour montrer mon désir de m'assimiler aux coutumes de cette administration prestigieuse, je félicitais également à grands coups d'applaudissements le président qui exhibait, toujours, fièrement son trophée.
Le cérémonial prit fin, quand l'assemblée entonna le traditionnel "Et glou, Et glou...", et que le président ingurgita le fruit de son travail nasal en terminant son verre de lait cul-sec.
Quelques autres congratulations plus tard, l'ordre du jour de cette réunion extraordinaire fut donné. Il s'agissait de savoir si Blanche Neige dans le coma depuis deux jours suite à la pomme empoisonnée, méritait d'être sauvée par le prince charmant, dont le casting était en cours actuellement, ou si il fallait la débrancher...
La salle était divisée en deux parties égales, et le président était le nombre impair qui permettrait en cas d'égalité, de pouvoir trancher la décision. La partie gauche était favorable à la réanimation par le remède du baiser, celle assise en face, servirait les argumenst pour une euthanasie estimée bien méritée.
Le duel commença, et les analyses, raisonnements, fusèrent avec applications. Chaque réfutation s'accompagnait de rôts sonores dont la puissance était sensée refléter le niveau de négation de l'argument proposé. Les uns avançaient le triste destin de la princesse déchue, la jalousie subie, l'emploi de femme à tout faire dans une maison occupée par des nains prolétaires et frustres, la traîtrise accompagnant l'empoisonnement. Les autres rétorquaient par la suffisance de la princesse, l'orgueil de sa beauté, ses relations sexuelles multiples au sein de la communauté minière, et l'acceptation d'un produit alimentaire par une inconnue.
Sept minutes plus tard, qui était la durée légale de la polémique, la décision devait être tranchée. comme prévu, il y eut autant de pets à gauche qu'il y en eut à droite... Le président trancherait une fois de plus.
Mais cette fois là, aucune émanation gazeuse, ne pu sortir du présidentiel séant, Le lait mélangé au trophée, sans doute, fut à l'origine du blocage.
Le casting du prince charmant fut annulé et blanche neige laissée dans son coma jusqu'à la prochaine réunion qui prendrait lieu sitôt l'appareil gastrique du président remis en ordre.
Je validai cette décision de parité par un crachat sur la crâne d'Alice qui avait fait le trajet spécialement pour l'occasion et pour le rôle de greffier, et confirma ma présence pour la prochaine séance.
21 octobre 2008
La main vierge
Inspiré par un billet de Nicolas Ravière "82 (interlude)"
Le voyage de noce se déroulait comme prévu aux Sainte Marie de la mer, en ce doux mois de mai.
Lui qui avait tout raté dans sa vie, qui jonglait de galères en galères avec les femmes, les boulots, sa famille, avait, enfin, aperçu un rayon de lumière en la présence de Maria Juana qui l'avait heurté en entrant dans l'agence de l'ANPE dont il était un des meilleurs clients. Ce contact fut suivi par de nombreux autres, qui s'accroissaient dans l'intimité, jusqu'à ce projet de mariage qui fut concrétisé en présence d'un couple servant de témoins que la mariée ne connaissait pas et que l'époux n'avait fréquenté que lors des soirées entre voisins.
Le mariage ne fut pas inoubliable, mais ils s'étaient promis que le voyage de noce au bord de la mer, même si il avait englouti toutes les économies, serait la base d'une union solide et durable. C'est dans cet état d'esprit, de confiance en l'avenir et d'amour sincère, que ce couple orphelin de toutes chances jusqu'à ce jour, arpentait le centre ville des Sainte Marie de la mer.
Ce bonheur affiché, cette assurance en la vie émanaient de ces tourtereaux comme si ils étaient tombés dedans étant petits. Mais n'est-il pas normal que quelques jours de bonheur puisse effacer une vie de poisse ?
Attirées par la lumière, les gitanes accouraient vers eux, proposant médaillons de la Vierge, croix porte bonheur, lecture des lignes de la main. Les jeunes mariés chassaient d'un revers de main ces femmes en noir trop insistantes, et riaient à leurs prophéties qui disaient que le rejet des romanichelles portait à coup sûr le mauvais oeil. Mais, ils avaient tant connu la malchance, qu'ils goûtaient à ce bonheur tout neuf en se disant que plus jamais la lumière ne pourrait les quitter.
Jusqu'à ce moment, où une matriarche qui avait plus de crucifix autour du cou que de dents autour de la langue parvint à attraper la main du mari pour regarder sa paume. Le visage de la gitane devint blanc et tremblant. Elle lâcha la main en criant, et claudiqua le plus rapidement possible vers un groupe d'autres chiromanciennes. Le mari resta figé pendant que son cerveau échafaudait différentes conclusions à la réaction de cette grosse dame. Quelques secondes plus tard, le couple fut entouré de femmes hystériques à la voix aiguë. Le silence fut ordonné par la matriarche, et sitôt qu'il eut lieu, elle expliqua au jeune marié qui était tout disposé à écouter, que sa main était celle du diable, qu'elle était lisse comme la peau de nourrisson d'un démon, et que n'ayant pas de ligne de vie, il devrait être mort.
Et effectivement, quelques heures plus tard, un jeune veuve découvrit le corps sans vie de son époux, dans la salle de bain, auréolé d'un océan de sang qui dessinait la silhouette d'une gitane sur le blanc carrelage.
Peut-on échapper à son destin ?
vraisemblablement, le défunt le pensait. Il avait voulu, artificiellement, creuser sa propre ligne de vie, avec une lame de rasoir. Mais, trop gourmand de profiter le plus longtemps possible de son nouveau bonheur, il promena la lame de l'autre côté des veines du poignet.
19 octobre 2008
Le dernier chevalier
Comment a-t'on pu oublier le dernier chevalier de cette forteresse ?
Comment a-t'on pu ne pas se rappeler toute cette abnégation prodiguée à protéger le dernier siège du roi, à faire face à ces barbares toujours plus nombreux, qui focalisaient leurs attentions sur ce symbole de l'autorité et de la justice, permettant la paix et la prospérité de cette contrée. Les événements s'étaient chevauchés sans que les armées royales n'aient pu faire face. Les sauvages de l'est et du nord s'étaient regroupés en une masse inexorable et avaient envahi les terres, semant sang et pleurs. Maintenant, les tours étaient tombées, le roi avait disparut, sans doute pour trouver quelques renforts vers les autres frontières. Il ne restait que cette forteresse encore debout sous le fanion aux deux couleurs, emblème du roi en exil.
Les attaques successives avaient décimé les derniers chevaliers encore fidèles, jusqu'à lui. Encore debout, vigilant, héroïque. Il était partout à la fois, aux quatre coins de la citadelle, repoussant les ennemis de son bras armé, de son souffle, de sa volonté. Les assiégeants voyaient en lui un mage guerrier ayant don d'ubiquité. Déjà deux attaques massives repoussées encore aujourd'hui, et les barbares se regroupaient pour lancer le troisième assaut.
La nuit allait tomber, si il tenait bon, malgré sa fatigue intense, il serait en mesure de se reposer un peu pour tenir encore la journée du lendemain qui pourrait être celle du retour de son roi.
Il était prêt, voyait les meutes s'organiser et s'avancer en rangs serrés. Ses javelots taillés à la hâte étaient plantés à ses côtés, et son épée vibrait dans le fourreau. Il guettait un signe dans le ciel pendant qu'il récitait son éternelle allégeance au roi.
Le signe vint, sous forme d'un cri lointain qui fit disparaître les ennemis en un tas de cendre immédiatement. Le dernier chevalier sourit, caressa sa lame pour la calmer, et répondit au cri salvateur.
"J'arrive M'man !"
Il glissa le long de la corde qui pendait de la cabane en équilibre sur son arbre, et couru vers la maison, en se promettant de bien manger sa soupe. Parce que demain, si le roi ne venait pas, il aurait besoin de force pour en finir avec ces sauvages. Et peut-être, alors, serait-il intronisé en récompense de sa fidélité et de sa valeur au combat.
"J'arrive M'man, et j'ai faim !"



















