12 avril 2009

Un 12 avril 1999

bougies1

- Dis papa, il est où le coca ?

- Ben, s’il n’est pas au frigo, c’est qu’il est au garage ! Cherche un peu !

- Mais, j’ai cherché ! il n’y a rien au garage et rien au frigo !

- Bon, je vais regarder. Toi termine de préparer les gâteaux. Je veux bien organiser ton anniversaire, mais j’ai besoin de ton aide.

Et du haut de ses six ans, acquis de hautes luttes depuis ce matin, la voilà se démenant entre les placards et la table de jardin, pour décorer son premier anniversaire que peuplera une dizaine de camarades triés dans le volet au sein de sa classe de cours préparatoire. Et moi, du haut de mes un mètre quatre vingt, acquis depuis, déjà, bien longtemps, je fouille, en vain, le garage pour constater que j’ai oublié d’acheter ces merdes liquides américaines indispensables aux festivités enfantines.

- J’ai oublié ces fichues bouteilles, je fonce en acheter à la superette.

- Mais papa, ils arrivent dans un quart d’heure !!!

- Bon, viens avec moi, tu resteras dans la voiture et je pourrai me garer en double file, on gagnera du temps.

- Rien n’est prêt !

- Mais si, tu as assuré grave, tout ira bien, ne stresse pas…

La superette était à trois minutes en voiture. Il nous fallut vingt secondes pour sortir du lotissement. Encore un carrefour suivi d’une longue ligne droite habitée de feux de la circulation non synchronisés et nous y serions.

Un cri strident me fit prendre conscience du camion qui s’engageait sur la départementale. Ma fille prit conscience avant moi que la journée ne se passerait pas comme prévue. Tout se déroula au ralenti, la vision de l’obstacle inévitable, mes manœuvres désespérée et inutiles, le mélange des cris et des bruits de ferrailles qui fusionnent dans une longue plainte qui donne l’impression de ne jamais finir.

La lumière vive me brûla le corps quand, au bout d’une éternité,  j’ouvris mes yeux. J’étais mélangé avec la voiture, en symbiose avec plastique et ferraille. Etrangement, pourtant, seule la lumière était douloureuse. Ma fille me regardait, son visage était calme et apaisé, il ne démontrait aucune inquiétude. Je traduisais son regard comme la certitude que rien de grave ne nous était arrivé, que la vie allait reprendre son cours heureux, peuplé de routines rassurantes.

Jusqu’à ce que je me rende compte que sa tête ne reposait plus sur son support attitré depuis sa naissance.

Posté par polipoterne à 14:53 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Un 12 avril 1999

    hou ! je ne sais pas si c'est vrai donc difficile de laisser un commentaire digne, en retenue sans tomber dans le pathos ! Mais c'est si bien écrit...

    Posté par Asphodèle, 06 août 2011 à 18:41 | | Répondre
  • quelle puissance dans ces mots déposés en offrande

    Posté par 32 Octobre, 06 août 2011 à 19:23 | | Répondre
Nouveau commentaire