Polipoterne est-il encore en vie ?

Ou, qu'il y a t-il avant la mort ?

12 avril 2009

Un 12 avril 1999

bougies1

- Dis papa, il est où le coca ?

- Ben, s’il n’est pas au frigo, c’est qu’il est au garage ! Cherche un peu !

- Mais, j’ai cherché ! il n’y a rien au garage et rien au frigo !

- Bon, je vais regarder. Toi termine de préparer les gâteaux. Je veux bien organiser ton anniversaire, mais j’ai besoin de ton aide.

Et du haut de ses six ans, acquis de hautes luttes depuis ce matin, la voilà se démenant entre les placards et la table de jardin, pour décorer son premier anniversaire que peuplera une dizaine de camarades triés dans le volet au sein de sa classe de cours préparatoire. Et moi, du haut de mes un mètre quatre vingt, acquis depuis, déjà, bien longtemps, je fouille, en vain, le garage pour constater que j’ai oublié d’acheter ces merdes liquides américaines indispensables aux festivités enfantines.

- J’ai oublié ces fichues bouteilles, je fonce en acheter à la superette.

- Mais papa, ils arrivent dans un quart d’heure !!!

- Bon, viens avec moi, tu resteras dans la voiture et je pourrai me garer en double file, on gagnera du temps.

- Rien n’est prêt !

- Mais si, tu as assuré grave, tout ira bien, ne stresse pas…

La superette était à trois minutes en voiture. Il nous fallut vingt secondes pour sortir du lotissement. Encore un carrefour suivi d’une longue ligne droite habitée de feux de la circulation non synchronisés et nous y serions.

Un cri strident me fit prendre conscience du camion qui s’engageait sur la départementale. Ma fille prit conscience avant moi que la journée ne se passerait pas comme prévue. Tout se déroula au ralenti, la vision de l’obstacle inévitable, mes manœuvres désespérée et inutiles, le mélange des cris et des bruits de ferrailles qui fusionnent dans une longue plainte qui donne l’impression de ne jamais finir.

La lumière vive me brûla le corps quand, au bout d’une éternité,  j’ouvris mes yeux. J’étais mélangé avec la voiture, en symbiose avec plastique et ferraille. Etrangement, pourtant, seule la lumière était douloureuse. Ma fille me regardait, son visage était calme et apaisé, il ne démontrait aucune inquiétude. Je traduisais son regard comme la certitude que rien de grave ne nous était arrivé, que la vie allait reprendre son cours heureux, peuplé de routines rassurantes.

Jusqu’à ce que je me rende compte que sa tête ne reposait plus sur son support attitré depuis sa naissance.

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05 avril 2009

Savez vous planter un chou ?

partage

Une chambre, de nos jours. Le soir tombe, il est debout, elle est couchée sur le lit conjugal.

Elle (d’une voix monotone) : Qu’est-ce que tu cherches encore ?

Lui (trépignant) : Ben, les ciseaux, bien sûr !

Elle (de plus en plus fatiguée) : Plantés dans mon ventre ! Tu as déjà oublié ?!

Lui (beaucoup plus calme) : Ah oui, c’est vrai. J’oublie tout ce que je fais en ce moment ! Je peux les prendre ?

Elle (s’endormant) : Non… on avait dit que tu garderais les outils et moi le nécessaire à couture.

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05 février 2009

La Source Dualiste

Fuite

D’abord cette sensation de légèreté qui grimpe des orteils aux cheveux, comme une colonie de fourmis funambules qui tresseraient des échafaudages de cordes de chanvre tout autours de mon corps. Gullivers a du ressentir les même impressions en se faisant ligoter par les lilliputiens surmontant leurs peurs du géant. Moi, je ne cherchais pas à effrayer les fourmis, je me contentais de les ignorer. De toute façon, comment aurais-je pu faire autrement, il n’y avait et n’aurait jamais de fourmis dans cet univers aseptisé et lumineux de néons publicitaires.

Ensuite, une montée fulgurante de sensations grisantes qui exacerbaient tous mes sens, comme si une bombe au napalm avait explosé dans ma tête. Mon cerveau était un Vietnam qui subissait un pilonnage métronomique de phosphore. On se regardait comme des réfugiés prisonniers de cette consommation qui galopait sur deux jambes et tombait sur le vide. Nous étions six, puis cinq et, de chutes en disparitions, je fus le dernier. Comme chacun des cinq autres. En ce jour du 24 décembre, les geôliers étaient trop occupés pour nous protéger.

J’étais seul, mais nous étions.

Je tissais inconsciemment, atrocement, des milliers de liens qui s’accrochaient au petit bonheur la chance aux sternums avoisinant mon périphérique et qui me tractaient aléatoirement d’allées en devantures, de portes en escalators. Je me perdais par l’indifférence des bourreaux, espérant la reconnaissance des cagoulés pour exister. J’errais, tracté par des milliers de ventres qui couraient ombres à terre. Je galopais par nécessité de suivre ce rythme imposé, trouvant mon souffle dans les respirations perdues par les chocs sourds des homo-tamponneurs.

Assis contre un pilier qui trônait au milieu de ce hall situé entre le troisième et quatrième étage, je regardais mon univers dans les paumes de mes mains collées à mes paupières, dans les psaumes des saints loués à des prières, dans les génomes des nains noyés dans les gouttières, dans les sommes des riens  rajoutées aux misères. Il fallait se reprendre, quitter cet échiquier où toutes les cases étaient noires, et les rois déchus. Se redresser, refleurir, chercher le soleil dans ce monde artificiel.

Debout, enfin, les jambes comme des troncs d’arbres, solides, inconscients des incendies. Seul le premier rat trompe, le suivant rétablira l’équilibre. La menace s’approchait dans cette descente vers un approximatif rez-de-chaussée. Comment s’échapper quand on se court après aussi vite qu’on cherche à se fuir ? Le souffle court, on se demande, un court instant, si l’adaptation à la vitesse du fuyard ne vaut pas également sur sa lenteur, et on tente un ralenti sur le mirage pour apprécier enfin de pouvoir, sans risque, faire ses achats de Noël.

Aujourd’hui, dans une brocante, j’ai vu un Walkman rouge en vente sur un étal. J’ai souri en me souvenant de la tête du vendeur, qui, d’astreinte en ce lointain 24 décembre, ne comprit pas cet amas de Walkman écarlates qu’un client transparent engouffra dans ses poches pour, il ne l’a jamais su, se colorer un peu.

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16 janvier 2009

La bourde du chaînon

Darwin

Laurent Houtan a marché sur ses mains. Il a roulé, a cherché à comprendre, s’est relevé et s’est repris les doigts dans ses pieds. Déjà une vingtaine de mètres parcourus en « roulé-boulé »… Laurent sera à l’heure au boulot.

Louis Stiti se dandine sur la piste de danse. Il sautille, frétille, trépigne, bousculerait si la foule ne s’était écartée. Sa poitrine est gonflée de fierté, bien cachée par sa forte pilosité, et tel un ballon chargé d’hélium, s’envole à la Nijinski… Louis est le roi de la fête.

Igor Rille écarte de ses puissantes mains la foule menaçante. Ils sont des centaines, il est unique. La personnalité escortée se sent rassurée malgré le déséquilibre apparent des forces mis en opposition, pourtant tout se déroulera dans le calme imposé… Igor ne se bat jamais.

Thibaut Nobo se lave le phallus dans un évier inconnu. Il a décidé depuis longtemps de ne se souvenir que des éviers et pas de leurs propriétaires, hommes ou femmes. Il envisage même, depuis quelques jours, de n’avoir des relations sexuelles qu’avec la faïence…  Thibaut rêve de devenir plombier.

Lucas Pussin s’est échappé hier soir. Sa petite taille qui a fait son succès et son malheur lui aura, au moins, permit de traverser les barreaux de sa geôle avec peu de difficultés. Maintenant, le cirque est aussi flou derrière lui que son avenir l’est devant… Lucas deviendra président de la république.

Eugène Persistant est toujours là, présent, fidèle au poste. On le croit mort depuis longtemps et on le croise, un jour, devant un miroir à nous singer de toutes nos grimaces. Nous rions de ces images aperçues furtivement, nous nous moquons même, pourtant… Eugène n’est pas le reflet.

Mon Père s’est appelé Darwin, il s’est sauvé un jour alors que je pensais l’avoir bien attaché. Un chaînon manquant n’a pas permit à la laisse de faire son travail. Je me ronge les doigts de pieds en attendant son retour, tout en surveillant l’évolution de l’herpès… Darwin avait-il tout compris ?

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09 janvier 2009

Psychiatrie niveau 4

Service

Je me souviens de ce temps uniforme dans lequel le pouvoir se dessinait avec des barrettes,  le respect s’imposait avec des ornements aux manches, aux cols, aux couvre-chefs.

Je me rappelle ces longueurs nocturnes parées de pièges aux rictus de charognards, où le moindre clignement d’œil était signe de faiblesse et se payait par liasses de corvées.

Je me remémore les piétinements acharnés qui laissaient des traces de gomme caoutchouteuse sur les neurones et un goût de charbon sur les molaires usées de trop de crispations.

Je vomis les images panoramiques de ces missions aux manœuvres douteuses, habillées de neige parfumée de plâtre et dévêtues de toute forme de dignité par la promiscuité de l’autre.

J’exècre les grincements des sommiers auréolés de brumes parfumées aux macérations de bœufs cornus, que combat l’éclatement des semences qui n’en ont pourtant rien à foutre.

Je méprise de ce pas cette démarche cadencée que dansaient, aux rythmes tribaux, des phallus aux calots collés qui transformaient les différences en unicité unicellulaire et baveuse.

J’abomine l’engagement prodigué à voix rauque de cordes carcinomateuses qui appelle le conflit comme un canard qui exige sa blanche canne en vue de voler dans les plumes.

Je maudis ces comptables aux synapses grippés par des interférences de bactéries souffrants d’alzheimer qui oublient toujours le chiffre suivant le deux et recommencent inlassablement.

Je déteste toujours l’autorité gratuite pourtant payée cash, l’ordre établi qui écroule les rangements, la hiérarchie égyptienne, l’odeur de cibles et de balles chauffées à blanc.

Je hais l’esprit qui croyait prendre, le mental orné de trous, le psychique qui ne reflète rien, le cerveau digne d’un fils de vache, toutes ces pièces démontées qui se marient en kaki.

Sinon, j’aime beaucoup les profiteroles.

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23 décembre 2008

Bouche d'égout

hyene

Hey vieux !

Tu prends tout l'espace, tu t'étales, tu te répands, tu engloutis, tu phagocytes.

Tu t'enroules, tu te déploies, tu étouffes, tu cannibalises, tu opprimes.

Tu t'allonges, tu te déroules, tu t'affales, tu vantardises, tu fanfaronnes.

Hey machin !

Tu plonges la pièce dans l'obscurité de toutes tes lumières.

Tu greffes des entonnoirs dans les oreilles et les yeux pour mieux nous remplir de ton rien.

Tu claironnes tes vérités comme un messie usé qui réitère pour mieux convaincre.

Tu immoles tes mots, persuadé de cracher des phénix qui resplendiront comme une auréole.

Hey bouffon !

Tu trônes dans les soirées avec tes phrases toutes faites, toutes prêtes, toutes bêtes.

Tu règnes dans les apéros avec tes codes usés, râpés, élimés, éculés de ta mère.

Tu sièges dans les expositions, avec ta critique révisée par une lecture assidue de Pif Gadget.

Tu philosophes avec des balises sous les yeux, stockées dans les consignes des magazines.

            Hey  l’ancien !

Tu te délectes à nous faire attendre, alors que nous attendons simplement que tu ne viennes pas.

            Hey toi !

Tu me fatigues…

Toute similitude avec un personnage existant est tout à fait volontaire. Si par hasard, il apprend à lire sur ce texte... qu'il n'hésite pas à être rancunier.

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06 décembre 2008

Le Goboeil

fontaine

Teulé les lavoncourt, petit village de Haute Saône partagée par quelques familles terriennes qui se sont appropriés, en ces années d'après guerre, les quelques milliers d'hectares de la commune laissés à l'abandon par les victimes des six ans de  tragédie.

Pour préserver le patrimoine agricole, les arrangements se tissent pour marier le fils de l'un avec la fille de l'autre et déplacer à chaque héritage les clôtures que les vaches dodues regardent reculer avec autant d'intérêt que la vision d'un train qui avance.

Sur la place du village, trône la vieille fontaine verdâtre distribuant l'eau potable des notables qui commencent juste à entendre parler de l'eau courante par la TSF. Sur ce trône aquatique, règne Leu Leu, l'idiot du village. Il a toujours fallu un idiot reconnu pour se sentir normal à son passage, il a toujours fallu une personne sur laquelle rire pour éviter de pleurer sur soi. Leu leu était celui là pour  ce village là.

Mais, en cet automne 1947, Leu Leu ne faisait plus rire en se balançant, la langue pendante, sous la branche du chêne qui ombrageait la fontaine.

Tout avait commencé en septembre de cette même année, quand le cheptel d'une famille fut retrouvé décimé avec la particularité d'avoir, pour chacune des bêtes, les yeux arrachés. Il n'en avait pas fallu plus pour déclencher la guerre des familles. Les fourches, faux et autres armes agricoles sortirent pour autres choses que les récoltent. Mais, la confrontation ne put avoir lieu, les emberlificotions étaient si nombreuses dans les promesses et concrétisations maritales, que chaque familles auraient eu l'impression de se trucider elles même. Devant l'impossibilité de résoudre le problème de la responsabilité du carnage bovin, l'idée lancée idiotement que Leu leu était capable de fomenter un tel massacre, tint lieu de jugement.

En cette nuit froide de Franche Comté, Leu Leu rentrait chez lui avec son bois et sa hache sur l'épaule. Depuis qu'il avait perdu sa maman le mois dernier d'une pneumonie foudroyante, il était livré à lui même, mais arrivait à subsister à l'étonnement des villageois. Il ne comprit pas tout de suite quand une meute d'humains l'encercla, vociférant des menaces à son encontre. Il se rappela juste que sa maman lui disait de ne pas se laissait faire quand il se sentait menacé. Le paysan le plus proche ne réagit pas quand la hache accomplit un mouvement circulaire. Il fut aussi le seul qui ne vit pas sa tête se détacher de son socle attribué dés sa naissance. Personne, en fait, ne réagit alors. Les visages ne montraient que stupéfactions quand à cette action aussi rapide que décisive. Les réactions eurent lieu, quand Leu Leu se pencha pour arracher les yeux de la tête orpheline, et les avaler aussitôt.

Maintenant, Leu Leu se balance sous une branche du chêne qui surplombe la fontaine, une corde autours du cou.

Sa dernière pensée fut pour sa maman, quand elle lui disait de gober des œufs tous les jours pour rester en bonne santé.

Il l’entendait encore, quand le nœud coulant fut passé autour de son coup ;

« Mon chéri » avait-elle dit avant de rendre son dernier souffle « ne laisse yamais personne se moquer de toi, soit gentil avec tout le monde, mais ne laisse personne yetre méchant ya ton propos. Gobe des yoeufs tous les matins pour rester en pleine forme, yet tu resteras fort. Ye t’aime »

Leu Leu n'avait jamais réalisé que sa maman avait l'habitude de rajouter des «y» sur tous les mots commençant par une voyelle.

Yauront le temps d'en parler la yaut, yau paradis…

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29 novembre 2008

Un commercial d'enfer.

ermite

Bon, ça fait plus de six mois que cela dure. Il faut intervenir maintenant !

Le boss m’a accueilli ainsi, tout rouge comme d’habitude, mais énervé comme jamais. J’opinais timidement, les yeux baissés, pour donner mon approbation. Je savais déjà, qu’étant son meilleur commercial, la tâche de me rendre là-bas m‘incombait. Le dossier était déjà sur le bureau, de couleur rouge vif, indiquant les moyens quasiment illimités qu’accordait la bonne réalisation de cette affaire devenue prioritaire.

J’arrivais le jour même dans ce petit village ardéchois  appelé Rochemaure pour retrouver la personne à l’origine de tout ce fatras médiatique. Celui-ci trônait humblement en haut de la colline surplombant le Rhône, abrité seulement de quelques branchages feuillus qu’encerclaient quelques centaines d’individus assis en tailleur.

J’avais survolé une énième fois le dossier pendant le trajet, il était centré sur la transformation d’un jeune homme en ermite prêchant la paix et le retour aux valeurs humaines, condamnant tout gouvernement, tout acte qui ne soit pas axé sur la foi divine, dont lui, était le dépositaire par legs direct du tout puissant.

J’enjambais les disciples atones, esprits sans corps, reliés via l’ermite à une sphère de bien-être soufflée par une paille savonneuse fixée dans la bouche du seigneur. Je me plantais, sourire commercial, posture pleine d’aplomb, des phrases toutes prêtes, des contres objections organisées par organigramme. Je saluais ce « nouveau messie » et entamais notre conversation.

Je me présentais comme étant le représentant du consortium R&B  « Religion And Business » qui souhaitait lui racheter son fond de commerce. Je commençais par lui vanter ses qualités d’endoctrineur, tout en lui faisant comprendre les limites humaines de son avenir de Gourou, avec moult exemples d’échecs des ses prédécesseurs, pour en arriver à la traditionnelle somme d’un million d’euros, représentant le forfait classique de la fin de toutes activités religieuses au profit de ma société.

Un sourire las fut la seule réaction que j’obtinsse en réponse à ma proposition.

Je savais déjà que cela serait ainsi, je déroulais alors mon programme en lui proposant des parts de marché à hauteur de 1% de tous les gains qu’engendrerait la récupération de son église, en ayant, en cas de nouveau refus, encore la proposition de laisser l’entreprise à son nom et 20% de sa valeur en actions garanties sur cinq années.

La discussion ne fut ni âpre ni attentive, elle se transforma simplement en monologue, où les manques d’interventions, ne me permirent point de trouver de nouveaux arguments pour rebondir. Il ne résultat de mon démarchage aucun aboutissement, l’ermite garda de bout en bout ce sourire béat, imperméable à tout arrangement.

Mon cerveau s’éclaira enfin, et j’eus un sourire intérieur plus lumineux que jamais. Mes dernières propositions prenaient formes à mesure qu’elles sortaient de ma bouche aux dents éclatantes.

Je lui expliquais que j’étais convaincu par son idéologie et que j’étais prêt à y adhérer. Je rajoutais qu’ayant les pleins pouvoirs sur ce dossier, je ferais en sorte que sa doctrine serait publiée partout dans le monde, que nos actionnaires et clients qui représentaient environ 30% de la population mondiale auraient obligation de la partager, que chaque ville dépendant de R&B verrait une église, prêchant cette nouvelle foi, s’ériger. Tout ça à nos frais, bien sûr. L’ermite élargit alors son sourire, montra des dents aussi blanches que les miennes et signa le contrat après plusieurs lectures.

Tout en redescendant la colline, je pris mon téléphone portable pour donner le résultat de mon intervention au patron.

« Tout est OK, boss, les affaires reprennent, j’ai un contrat qui va permettre de relancer le bordel, on en a encore au moins pour 2000 ans »

Le patron devint encore plus rouge, se caressa les cornes, et tout en frétillant de sa queue fourchue, éclata de rire…

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25 novembre 2008

Le tatouage intelligent

chimera_12h

Après avoir résolu le problème du déplacement qui commençait à poindre face à la pénurie des hydrocarbures, le professeur Polipoterne s’est également penché sur la crise économique et la fatalité de la baisse du pouvoir d’achat qui en fut la résultante la plus grave pour les populations conditionnées à consommer.

Lors du salon des producteurs indépendants des Côtes du Rhône, qui eut lieu à Tain l’Hermitage en ce début automnal 2008, cet illustre penseur, si adroit de nature avec les verres de vin, réalisa l’impensable. Il renversa quelques gouttes de nectar sur sa main droite (oui, Polipoterne est gaucher). Les quelques larmes rouges dessinèrent alors le logo parfait d’une fameuse marque de sport… Just do it. Le professeur lécha le dos de sa main et se consacra avec assiduité à son travail de recherche viticole.

Ce n’est que quarante huit heures plus tard, quand les vapeurs se furent estompées, que le souvenir de cet incident lui revint et que le projet prit forme.

En mélangeant une encre avec des paillettes de silicium préprogrammées à être agencées en logo commerciaux, nous pûmes rendre les tatouages intelligents, et, ainsi, relancer la consommation par de la publicité adaptée et inscrite dans l’épiderme même des consommateurs.

Voici pourquoi, depuis le premier trimestre de cette année 2009, la France d’abord, puis le monde ensuite, purent voir la consommation repartir de manière exponentielle.

Chaque personne, dès la naissance, fut tatouée sur le dos de la main droite d’un cercle plein par cette encre ingénieuse. Rapidement, la population entière se vit munie de cette empreinte noire trônant comme le symbole d’une appartenance à la communauté de l’acheteur privilégié. A chaque passage en caisse d’un commerce, il suffisait de passer sa main droite devant un décodeur infrarouge, pour voir le tatouage réagir et prendre, aléatoirement, l’apparence d’un logo commercial qui permettait au propriétaire de cette main d’avoir des réductions plus ou moins importantes, jusqu’à la gratuité, sur les produits correspondants qui se trouvaient dans le caddie. Cette possibilité de ristournes, voir de cadeaux, relança les prêts à la consommation qui permit d’accroître les possibilités d’accession aux biens, et relança la confiance des investisseurs par la parution d’indices à la consommation toujours plus hauts d’un trimestre à l’autre.

Cette innovation permit également la relance de la courtoisie, puisqu’à chaque salutation ponctuée d’un serrement de main, les deux tatouages échangeaient des informations et accroissaient, ainsi, les possibilités de réduction des produits révélés par l’apparition de la marque commerciale lors du passage devant les décodeurs.

Tout autres usages, tel que le piratage de la programmation par des groupuscules anarchistes, qui, par exemple, transformaient les tatouages en doigts d’honneur ou en appareils génitaux masculins au passage des forces de l’ordre ou de personnalités politiques, étaient, depuis l’acceptation de texte de loi du 26 mars 2010 passibles d’une peine de prison de six mois et d’une amende allant jusqu’à cinq mille euros.

Remercions, une fois de plus, le professeur Polipoterne, qui à partir d’événements insignifiants, démontra des capacités à résoudre les grands problèmes de ce monde et à le préserver de la déchéance que beaucoup avait pronostiquée.

Extrait de la mise à jour de Wikipédia du 25 novembre 2062.

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15 novembre 2008

L'enfer, mais...

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18h45, Marie Jeanne se hâte aux fourneaux, Son mari va rentrer des champs et poser ses bottes sur la table du salon en réclamant son pastis. Elle sait qu’il boira son verre en trois gorgées espacées de trente secondes. Elle aura donc une minute, à partir de la première lampée, pour assurer le service du souper. Après vingt années de mariage, elle est toujours aussi angoissée à appréhender les réactions de son époux. La température de la soupe, le dosage des épices, la fraîcheur du pain, la quantité de vin disponible, devront être aux convenance du maître de maison. Même si Marie Jeanne est consciente de son état d’esclave, les conditionnements perpétués par son mari dès les premiers jours de leur vie commune empêchent toujours la moindre réaction de la victime.

Marie Jeanne s’affaire, comme tous les jours pour que tout soit parfait, même si aucun repas ne le fut jamais au goût de son bourreau. C’était comme ça en cette époque, les femmes était agencées dès l’école primaire aux travaux ménagers et à l’obéissance. Quand aux hommes, l’autorité totale sur sa famille était gravée au burin sur le moindre neurone actif sitôt qu’il était constaté que le nouveau né possédait une paire de testicules.

La journée fut rude pour le seigneur de la ferme, les boeux avaient fait montre de trop de désobéissance, sans doute l’orage qui s’approchait, certainement l’âge qui s’avançait et la fatigue qui le rattrapait tous les jours un peu plus tôt.

La journée fut éprouvante pour le serf du châtelain, les légumes étaient trop durs ou trop blets, sans doute la cave qui accumulait l’humidité plus que de raison, certainement, l’usure du temps qui rendait douloureux les moindres efforts de ses mains saturées d’arthrose.

Peut-être est-ce la somme de toutes ces rudesses subies cette journée là qui occasionnèrent ce mouvement disproportionné, peut-être est-ce tout simplement l’accumulation des griefs, mais une fois que le Laguiole du mari fut planté dans la gorge de son épouse, les causes semblèrent après coup, bien peu importantes.

Gustave resta sans réaction, regardant le sang s’écouler de la blessure. Ce manque de réactivité aurait pu être attribué à l’incompréhension de son geste ou à son conditionnement de n’avoir aucune réaction vis-à-vis d’un meuble cassé.

Marie Jeanne réalisa immédiatement la proximité inéluctable de son départ. Elle ressentit de la peur, pas celle de ne savoir ce chemin et cette destination inconnue qui l’attendait, mais celle de se savoir ailleurs, loin de son mari.

A vivre en cercle fermé, qu’il soit de jeu ou de Dante, on accumule ses balises qui délimitent le vivable du néant.

Les derniers mots de Marie Jeanne ne furent pas transcendants ni philosophiques, ce furent juste des mots adaptés au dressage consciemment appliqué sur la linéarité de sa vie.

« Pardonne moi, viens avec moi »

Marie Jeanne sourit maintenant…

Ce sourire est apparu, quand, étrangement, le cercueil que transportait Gustave et trois voisins, échappa des quatre paires de mains, et cassa nettement la nuque du récent veuf.

Marie Jeanne sourit maintenant en épluchant des légumes toujours tendres.

Posté par polipoterne à 21:00 - Poliextes - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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