29 octobre 2008
elle
Ma femme, mon amie, mon amante, mon amiante.
Mon épouse, mon éprise, ma prose, ma réponse.
Mon pote, mon potentiel, ma paterne, ma potence.
Je t'haime.
26 octobre 2008
Le destin de Blanche
Pour Martin...
Non ! mais vous avez vu la taille de cette crotte de nez ?
Effectivement, le bidule qui trônait au bout de son ongle avait une amplitude supérieure à la narine d'où elle fut extraite en direct-live devant l'assemblée extraordinaire réunie ce jour là.
Tout le monde applaudit l'exploit de cette mise au jour, résultat d'une fouille minutieuse et tenace.
Moi, je n'étais présent que comme intervenant extérieur, avec le but de constater que les décisions prises ce jour, le seraient en toute légalité et impartialité. Pour ne point dénoter et pour montrer mon désir de m'assimiler aux coutumes de cette administration prestigieuse, je félicitais également à grands coups d'applaudissements le président qui exhibait, toujours, fièrement son trophée.
Le cérémonial prit fin, quand l'assemblée entonna le traditionnel "Et glou, Et glou...", et que le président ingurgita le fruit de son travail nasal en terminant son verre de lait cul-sec.
Quelques autres congratulations plus tard, l'ordre du jour de cette réunion extraordinaire fut donné. Il s'agissait de savoir si Blanche Neige dans le coma depuis deux jours suite à la pomme empoisonnée, méritait d'être sauvée par le prince charmant, dont le casting était en cours actuellement, ou si il fallait la débrancher...
La salle était divisée en deux parties égales, et le président était le nombre impair qui permettrait en cas d'égalité, de pouvoir trancher la décision. La partie gauche était favorable à la réanimation par le remède du baiser, celle assise en face, servirait les argumenst pour une euthanasie estimée bien méritée.
Le duel commença, et les analyses, raisonnements, fusèrent avec applications. Chaque réfutation s'accompagnait de rôts sonores dont la puissance était sensée refléter le niveau de négation de l'argument proposé. Les uns avançaient le triste destin de la princesse déchue, la jalousie subie, l'emploi de femme à tout faire dans une maison occupée par des nains prolétaires et frustres, la traîtrise accompagnant l'empoisonnement. Les autres rétorquaient par la suffisance de la princesse, l'orgueil de sa beauté, ses relations sexuelles multiples au sein de la communauté minière, et l'acceptation d'un produit alimentaire par une inconnue.
Sept minutes plus tard, qui était la durée légale de la polémique, la décision devait être tranchée. comme prévu, il y eut autant de pets à gauche qu'il y en eut à droite... Le président trancherait une fois de plus.
Mais cette fois là, aucune émanation gazeuse, ne pu sortir du présidentiel séant, Le lait mélangé au trophée, sans doute, fut à l'origine du blocage.
Le casting du prince charmant fut annulé et blanche neige laissée dans son coma jusqu'à la prochaine réunion qui prendrait lieu sitôt l'appareil gastrique du président remis en ordre.
Je validai cette décision de parité par un crachat sur la crâne d'Alice qui avait fait le trajet spécialement pour l'occasion et pour le rôle de greffier, et confirma ma présence pour la prochaine séance.
21 octobre 2008
La main vierge
Inspiré par un billet de Nicolas Ravière "82 (interlude)"
Le voyage de noce se déroulait comme prévu aux Sainte Marie de la mer, en ce doux mois de mai.
Lui qui avait tout raté dans sa vie, qui jonglait de galères en galères avec les femmes, les boulots, sa famille, avait, enfin, aperçu un rayon de lumière en la présence de Maria Juana qui l'avait heurté en entrant dans l'agence de l'ANPE dont il était un des meilleurs clients. Ce contact fut suivi par de nombreux autres, qui s'accroissaient dans l'intimité, jusqu'à ce projet de mariage qui fut concrétisé en présence d'un couple servant de témoins que la mariée ne connaissait pas et que l'époux n'avait fréquenté que lors des soirées entre voisins.
Le mariage ne fut pas inoubliable, mais ils s'étaient promis que le voyage de noce au bord de la mer, même si il avait englouti toutes les économies, serait la base d'une union solide et durable. C'est dans cet état d'esprit, de confiance en l'avenir et d'amour sincère, que ce couple orphelin de toutes chances jusqu'à ce jour, arpentait le centre ville des Sainte Marie de la mer.
Ce bonheur affiché, cette assurance en la vie émanaient de ces tourtereaux comme si ils étaient tombés dedans étant petits. Mais n'est-il pas normal que quelques jours de bonheur puisse effacer une vie de poisse ?
Attirées par la lumière, les gitanes accouraient vers eux, proposant médaillons de la Vierge, croix porte bonheur, lecture des lignes de la main. Les jeunes mariés chassaient d'un revers de main ces femmes en noir trop insistantes, et riaient à leurs prophéties qui disaient que le rejet des romanichelles portait à coup sûr le mauvais oeil. Mais, ils avaient tant connu la malchance, qu'ils goûtaient à ce bonheur tout neuf en se disant que plus jamais la lumière ne pourrait les quitter.
Jusqu'à ce moment, où une matriarche qui avait plus de crucifix autour du cou que de dents autour de la langue parvint à attraper la main du mari pour regarder sa paume. Le visage de la gitane devint blanc et tremblant. Elle lâcha la main en criant, et claudiqua le plus rapidement possible vers un groupe d'autres chiromanciennes. Le mari resta figé pendant que son cerveau échafaudait différentes conclusions à la réaction de cette grosse dame. Quelques secondes plus tard, le couple fut entouré de femmes hystériques à la voix aiguë. Le silence fut ordonné par la matriarche, et sitôt qu'il eut lieu, elle expliqua au jeune marié qui était tout disposé à écouter, que sa main était celle du diable, qu'elle était lisse comme la peau de nourrisson d'un démon, et que n'ayant pas de ligne de vie, il devrait être mort.
Et effectivement, quelques heures plus tard, un jeune veuve découvrit le corps sans vie de son époux, dans la salle de bain, auréolé d'un océan de sang qui dessinait la silhouette d'une gitane sur le blanc carrelage.
Peut-on échapper à son destin ?
vraisemblablement, le défunt le pensait. Il avait voulu, artificiellement, creuser sa propre ligne de vie, avec une lame de rasoir. Mais, trop gourmand de profiter le plus longtemps possible de son nouveau bonheur, il promena la lame de l'autre côté des veines du poignet.
19 octobre 2008
Le dernier chevalier
Comment a-t'on pu oublier le dernier chevalier de cette forteresse ?
Comment a-t'on pu ne pas se rappeler toute cette abnégation prodiguée à protéger le dernier siège du roi, à faire face à ces barbares toujours plus nombreux, qui focalisaient leurs attentions sur ce symbole de l'autorité et de la justice, permettant la paix et la prospérité de cette contrée. Les événements s'étaient chevauchés sans que les armées royales n'aient pu faire face. Les sauvages de l'est et du nord s'étaient regroupés en une masse inexorable et avaient envahi les terres, semant sang et pleurs. Maintenant, les tours étaient tombées, le roi avait disparut, sans doute pour trouver quelques renforts vers les autres frontières. Il ne restait que cette forteresse encore debout sous le fanion aux deux couleurs, emblème du roi en exil.
Les attaques successives avaient décimé les derniers chevaliers encore fidèles, jusqu'à lui. Encore debout, vigilant, héroïque. Il était partout à la fois, aux quatre coins de la citadelle, repoussant les ennemis de son bras armé, de son souffle, de sa volonté. Les assiégeants voyaient en lui un mage guerrier ayant don d'ubiquité. Déjà deux attaques massives repoussées encore aujourd'hui, et les barbares se regroupaient pour lancer le troisième assaut.
La nuit allait tomber, si il tenait bon, malgré sa fatigue intense, il serait en mesure de se reposer un peu pour tenir encore la journée du lendemain qui pourrait être celle du retour de son roi.
Il était prêt, voyait les meutes s'organiser et s'avancer en rangs serrés. Ses javelots taillés à la hâte étaient plantés à ses côtés, et son épée vibrait dans le fourreau. Il guettait un signe dans le ciel pendant qu'il récitait son éternelle allégeance au roi.
Le signe vint, sous forme d'un cri lointain qui fit disparaître les ennemis en un tas de cendre immédiatement. Le dernier chevalier sourit, caressa sa lame pour la calmer, et répondit au cri salvateur.
"J'arrive M'man !"
Il glissa le long de la corde qui pendait de la cabane en équilibre sur son arbre, et couru vers la maison, en se promettant de bien manger sa soupe. Parce que demain, si le roi ne venait pas, il aurait besoin de force pour en finir avec ces sauvages. Et peut-être, alors, serait-il intronisé en récompense de sa fidélité et de sa valeur au combat.
"J'arrive M'man, et j'ai faim !"
16 octobre 2008
Le kraken et sa chevalière
Sa main molle, flaque d'huile rance, se projette lentement vers mon abdomen, cherchant une réponse de ma main droite. Je ne le connais pas, mais déjà, je ne l'aime pas. Je regarde le mollusque qu'il me présente, le juge comme un animal nuisible dont le contact nuirait sans aucun doute à mon intégrité physique. Je vois cette chevalière accaparer la lumière ambiante avec des lettres en joyaux, je scrute les doigts bouffis qu'il a habillé d'une bague en 36, alors qu'il fait du 46/48, la chair boursouflée recouvre une partie des initiales, et je me sens comme ce bijou, en train d'étouffer. Je ne le connais pas, mais déjà, je ne veux pas le connaître.
Tout ça n'a duré qu'une infinité de temps pendant laquelle je ne me suis pas encore poser la question de savoir si la bienséance prendrait le pas sur la répulsion. Je m'accorde encore quelques infinités pour remonter le long du bras vers le visage de cet intrus qui se permet d'investir le mètre vingt de circonférence d'espace vital que je protège continuellement depuis ma prise de conscience du risque de côtoiement de l'humain. Si sa main est un mollusque, son visage est un kraken. La lumière du néon central réfléchi par la partie exposée de la chevalière illumine maintenant ses yeux. Je m'aperçois alors que sa notion du temps n'est pas la même que la mienne et que l'impatience et l'injure se dessinent en fines gouttelettes sur ses cernes qu'il tente d'atténuer par des cosmétiques vraisemblablement hors de prix. Je ne le connais pas, mais déjà, j'ai envie de fuir.
La sueur du calmar géant prend de l'ampleur, comme si il cherchait à reconstruire son habitat naturel. L'eau salée menace de remplir cette salle habillée de cuir et de luxe. Je ne demanderais que ça, transformer ce malsain écrin, mais je sais que dans son milieu aquatique, je n'aurai pas le dessus. Je ne le connais pas, mais déjà, je n'ai pas le goût de partager son univers. Raclements de gorges, puis une poussée de quelqu'un ou de quelque chose sur mon coude droit, expédie ma main vers la sienne. L'éponge se referme avidement, me secouant de haut en bas plusieurs fois, les yeux se plissent, la sueur sèche instantanément, la lumière se rallume, le contact est validé.
Il se présente, nom, prénom, qualité...
Je m'annonce, nom, prénom .
Les rires gras, soulagés de cet incident évité in extrémis, fusent, trop forts, incongrus. Les battements de mon coeur recouvrent rapidement les autres sons et bruits environnants. Je tremble, fléchis et me sauve.
La tête entre les mains, je me regarde, je cherche à me comprendre et ne me comprend pas.
Qui était cet homme ? que me voulait-il ? Pourquoi suis-je couché dans ce cercueil ?
Allez, à trois, je me lève...
14 octobre 2008
Le stand de tir
Jean moulant noir, chemise blanche échancrée sur sa poitrine velue, Gucci dernier modèle aux pieds, montre et médaillon en or. Il entre dans la boîte de nuit. Son type méditerranéen tranche avec la blancheur de sa chemise et les lumières semblent se projeter sur lui quand il s'impose au milieu de la piste. Il effectue une série de déhanchés savamment étudiés pendant quelques minutes, suffisamment pour attirer l'attention sans pour autant déclencher la transpiration qui mettrait à mal tous ses préparatifs de prédateur nocturne. Maintenant, direction le bar pour un get 27 on the rock, qui est un bon compromis entre le verre de soda qui fait ridicule et l'alcool fort qui fait chanceler. Un chasseur doit toujours avoir l'esprit clair et l'oeil expert. Une étude minutieuse de 180°, de gauche à droite du comptoir, lui permet de se faire tout d'abord une idée assez précise du gibier en place. Il cherche le bon arbitrage entre ce qu'il est capable d'attraper et ce qui est indigne pour lui d'honorer. Plusieurs choix sont possibles encore ce soir. Il entame sa première étape qui consiste à s'approcher, contre le bruit, de sa première victime potentielle, qui est rarement la proie qu'il ramène chez lui, en prenant son air indifférent, sa démarche féline, et son regard de braise qui, il le sait, reste son atout majeur.
Elle est blonde par choix, sirote un coca light parce que les bourrelets arrivent plus vite que les racines brunes de sa chevelure, porte une mini-jupe qui laisse apercevoir le piercing de son nombril, et des faux cils qui ont repérés le chasseur , malgré toutes ses précautions, pour lancer des harpons vers les bijoux en or. Le prédateur est devenu proie sans qu'un seul de ses cheveux géléifiés "extrême-béton" ne le mettent en garde.
La suite se passe comme prévue pour tous les deux, chacun croyant être le dominant enserrant le collet sur le collier de l'autre. C'est pourtant chez elle et pas chez lui que la soirée se termine, l'une y voit une victoire, l'autre ne voit pas d'inconvénients. Ils rentrent dans la chambre, se bousculant tout en se collant. Il a juste le temps d'apercevoir tout au long des murs, des centaines de peluches de nounours bien rangées, des petites collées sur les étagères du bas, des moyennes sur celles du milieu et des énormes oursons sur les supports du haut. Il est d'abord surpris par cette profusion anormale de ces objets enfantins dans une chambre d'une femme de cette classe, mais le temps est à autre chose qu'aux questions. Les habits s'évadent par des doigts entraînés à passer plus de temps à s'habiller pour plaire qu'à dévêtir pour la chair. Le moment qui suit est intense, et les corps bodybuildés habitués aux efforts sans fatigue se mélangent.
Maintenant, ils soufflent en fumant des king size filtres, les regards tournés vers leurs égo respectifs, chacun estimant avoir été sublimes et inoubliables. Une fois ces profondes introspections accomplies, l'homme se tourne vers la femme et prononce ces magnifiques mots qui furent sans aucun doute les premiers prononcés par Adam une fois la pomme sautée.
"Alors, c'était bon ?"
La femme écrasa sa cigarette dans le cendrier en forme de vagin posé sur la table de nuit et répondit.
"M'ouais, tu peux prendre un lot sur l'étagère du bas"
12 octobre 2008
L'écumoire suicidaire
Comment pourrais-je vous parler de ce que représente la crise économique pour moi ?
Elle s’affiche en toutes lettres, avec des mots terroristes qui effraient les pauvres gens, récession, inflation, crack boursier...
Il y a moins de quatre vingts ans, beaucoup avaient la classe de se jeter par les fenêtres pour accomplir des prouesses sous formes de salto avants, arrières, pirouettes et éclabousser les esclaves qui applaudissaient et notaient les figures. Je les imagine avec des pancartes chiffrées de 0 à 10 pour déterminer le vainqueur posthume de telle ou telle banque.
Aujourd’hui, même les esclaves sont conditionnés pour avoir la peur de perdre ce qu’il n’ont pas. Il ne faut surtout pas leurs expliquer que le bien ne leurs appartiendra qu’à la fin du crédit. Avant, il appartient aux actionnaires des établissements financiers, après, il est trop vieux pour avoir de la valeur.
Aujourd’hui, les riches ne sautent plus par les fenêtres, ils laissent pourrir la situation pour ré-investir à bas coût dans les sociétés aux déclins illusoires, en attendant que les gouvernements endettent les citoyens pour permettre aux investisseurs charognards de s’en mettre pleins les fouilles.
Comment pourrais-je vous parler de ce que représente la crise économique pour moi ?
Prenons comme exemple cet écumoire, qui est posé sur la table de jardin d’où je tapote ces quelques mots. Bon, me direz vous, ou ne me direz vous pas (mais je m’en fiche, je vais faire comme si vous me direz tous), que fait ce truc destiné à la cuisine sur une table d’extérieur ?
Ce à quoi je répondrai, j’avais un grand besoin d’écumer dehors.
Mais revenons à cet ustensile. Et bien, cet écumoire négligemment oublié et ridicule loin de son territoire, représente pour moi, autant que ce que l’indice du CAC 40 signifie pour un hamster cocaïnomane qui découvre que sa roue n’est autre qu’un vortex qui le relie à la chambre des députés de la Bolivie..
Et bien, chers lecteurs, la crise économique actuelle ne me perturbe pas plus que cette louche trouée. Et, n’étant pas aussi évolué qu’un rongeur dénaturalisé demandant la nationalité bolivienne, je me découvre un exutoire farouche à l’écumage sauvage de mes neurones atones.
Fidèles et occasionnels lecteurs, la peur est à la crise économique ce que la grippe aviaire est à la politique, un masque qui permet au pouvoir de s’accroître et aux esclaves d’adhérer.
la pandémie de naguère fut un leurre et la gamelle financière d’aujourd’hui un moyen de museler le tiers-monde qui a atteint jusqu’à nos ustensiles de cuisine.
Tout est artificiel et programmé, comme un jeu vidéo dans lequel nous ne sommes que des pixels.
11 octobre 2008
Haider, deux doigts coupe faim... au fait, où sont mes doigts ?
Autriche : le chef de l'extrême droite Jörg Haider se tue dans un accident
On a beau dire ce qu'on veut sur le code la route, mais, je trouve que les priorités à droite, ça a du bon !
J'encourage vivement tous les membres de ce parti à prendre la voiture pour se rendre à l'enterrement.
09 octobre 2008
Le marcheur
La ville est sa demeure, chaque quartier une pièce de sa maison et chaque poubelle, un meuble. Il marche, de pièces en pièces, jour et nuit, ayant pour principal activité la fouille minutieuse de son mobilier.
Les couloirs de bus longent ses chambres numérotées aux vitrines placardées de publicité, les porches des ruelles sont autant de toilettes. Son toit fuit à chaque pluie, mais il n’en a cure, les averses transforment l’endroit où il se tient en immense salle de bain. Les chaleurs d’été le cuisent sans concession, mais il ne montre aucune gène, il savoure un sauna à l’échelle d’un petit désert. Le froid de l’hiver le transperce avec violence, mais il supporte les coups de poignard, il est explorateur d’une banquise dont les autres ombres sont des pingouins.
Il porte comme seule peau un long manteau qui devait être vert à l’origine du temps. Manteau tantôt d’été, comme un maillot de bain laissant s’infiltrer la fraîcheur. Manteau tantôt d’hiver, comme une parka interdisant les agressions charnelles. Manteau tantôt léger, comme une fougère synthétique rejetant de l’oxygène.
Il est greffé à une hotte assortie à sa peau olivâtre, qui contient ses trésors. Sa télévision, sa voiture, son réfrigérateur sont des boîtes jetées en vrac et qui brinquebalent contre ses omoplates. Notre superflus est son essentiel et notre primordial lui reste inconnu.
Il ne s’arrête longtemps que devant chacun de ses meubles, pour ranger les excès de son sac et récupérer ses besoins. Si on reste discret, il nous laisse le droit d’assister, de loin, à ses protocoles d’échanges. On le voit vider sa besace de billets de banque offerts par les pingouins pensant que ceux-ci avaient de la valeur pour lui. On le voit récupérer de l’aluminium enveloppant des restes de nourriture jetés par des ventres trop pleins. On ne sait pas si il achète les déchets par peur de les voler, ou si il considère que ces papiers illustrés de ponts et de chiffres ont moins de valeur que celui qui est argenté. Mais pour lui, l’échange est valable, les poubelles se gavent d’argent indigeste, et son sac thésaurise de l’énergie pour continuer d’avancer.
Le seul contact qu’il établit avec les autochtones se fait subrepticement, il consiste à se planter devant vous, les yeux fixés sur votre menton, et à poser l’index et le majeur légèrement écartés devant ses lèvres masquées par sa barbe rigide. On comprend vite qu’il a besoin de charbon pour continuer son errance dans son immense résidence. Alors, celui qui a ce carburant, ne manque jamais de lui donner une cigarette. Il l’a met sur son oreille droite, par pudeur de fumer chez lui en présence d’autres personnes, et se retire sans un mot.
Tous ceux qui osent le voir et savent le regarder derrière la crasse, le connaissent comme le marcheur. Il est dit en ville que le peu de temps où il s’assoit, la mort court vers lui et qu’elle peut vous attraper au passage. Alors, les yeux se détournent quand un banc est occupé par une personne pouvant être lui, pour le suivre longtemps quand il déambule devant vous.
Il se dit aussi que la ville s’éteindra avec lui.
06 octobre 2008
Conteur funèbre
Dans les chaleurs moites des caveaux abandonnés, nos aïeuls s’ennuient à mourir. Le rêve est la seule vie autorisée, la seule distraction efficace, l’unique récréation réparatrice.
Dans le froid persistant des fosses communes, nos anciens soupirent jusqu’à l’étouffement. Ils comptent leurs os, ceux de leurs voisins, et même si ils n’arrivent jamais aux mêmes nombres, ils s’impatientent de nouvelles activités, de nouveaux faits divers dans cet hiver permanent.
On s’imagine une paix éternelle, une sagesse de l’omniscience, une apaisement sans parasites. On se plaît à croire que, pour eux, le pire est enfin terminé et que les épreuves les laisseront dans la quiétude que nous aspirons trouver enfin dans cette seule fatalité qui est commune à chacun.
Je sais qu’il n’en est rien, dans mes promenades inquiètes autours de leurs demeures, je peux les entendre me raconter l’ennui de l’éternité. Je peux discerner les murmures réclamants de nouveaux événements qui leur permettraient de s’ouvrir de nouveaux rêves, et tenir quelques instants de plus dans cette oisiveté irréparable.
Alors, le matin, j’épluche les journaux, blogs, magazines, et assemble des histoires, anecdotes, contes, chroniques, pour, le soir venu, partir de caveaux en tombes, de fosses en sépultures, narrer, raconter, et nourrir les gisants.
Des potins people pour certaines, des résultats sportifs pour d’autres, des analyses politiques ou économiques pour les suicidés des cracks boursiers ou victimes de certains régimes policiers.
Chaque mort de mon cimetière est ciblé et bénéficie d’un service adapté. Tel le responsable du Service Après Vente de La Camarde, je distribue du bien être et de la distraction aux martyrs de l’infini.
Trouvez votre cimetière, vos éternels et insatiables impatients, occupez les, en espérant que les jours où le temps aura épuisé vos rêves, il passera quelqu’un qui vous entendra et alimentera votre sempiternelle nuit.









